lundi 8 janvier 2018

Ne me regardez pas v2

version sonorisée :



Ne me regardez pas
Je n'ai pour vous aucune lumière
Ne me regardez pas
En berne aux bras ballants
Je broie difficilement
En soumis saoulé de brouillards, je supplie ou je mens
Ne me regardez pas

Laissez assis vos corps bizarres
Goûtez à la joie dans vos placards
Trois banderilles, un corbillard
Je remets mes visites à plus tard

Belle acharnée, elle se lézarde
Elle part vomir dans mes costards
Quelques affaires sales et sans fard
Quelques démons téteur de lard

Fermez les portes et les frontières
Gueules inconnues des bords de mer
Fronts allongés, tendus, amers
Gosses avalant leurs premières bières
Rois du monde devant et vous derrière
Rêve peu de père, surtout de mère
Revois tes classiques pour faire le fier
Faudrait plus qu'un ticket pour l'enfer

Alors, quand l'hormone acidulée coule enfin de mes lèvres
Je m'échine à faire l'homme, fier et fort, à faire mine
Et de ma bouche sortent une à une des colonnes de langues
Des foules humides et rampantes, informe de glue et de bave
C'est une armée avide qui courre désarticulée
Une cohorte ruante paniquée par la poussière
Quand tu rêves chérie, je regarde sous tes croûtes
Et tout ça pourquoi, me demandent ceux qui doutent ?

Survivre un peu, pourléché par un rire
Se faire traiter de con et de vieux  par un sourd pas mal ivre

Ne me regardez pas
Suinter comme un porc saint
Le plus bio des mépris
Ne me regardez pas
Tant d'années à glander
Je n'ai jusqu'ici rien appris

dimanche 31 décembre 2017

Norilsk

PHOTOGRAPH BY ELENA CHERNYSHOVA
Les solutions, pour aller vers un mieux être, sont innombrables. Le cerveau a beau être le siège des processus les plus complexes, on trouve, malgré tout, avec un peu d'astuce, quelques techniques plus ou moins fiables pour le détourner des sillons qu'il se plait à creuser. La plupart appartiennent d'ailleurs à la même famille, s'occuper l'esprit. Le distraire, comme on agite un chiffon dans l'arène, pour tenter de maîtriser sa trajectoire, pour oublier un instant que le terrain de jeu n'est qu'un cercle, la piste d'un cirque, qui nous ramènera immanquablement au point de départ et, à n'en pas douter, dans le même état de faiblesse et de peur qui nous a vu naître.
Un peu plus fatigué, sûrement et, on l'espère, peut-être un peu plus sage ou plus prospère qu'au départ.
Alors, on va travailler, le plus possible, se créer, sans fin, de nouveaux objectifs ; éroder sa force et son courage dans des défis, des combats, des voyages, des œuvres, des distractions, jusqu'au dernier souffle, dernière bouffée d'oxygène, dernière goutte de carburant. En priant pour partir en pleine santé, au détour d'un virage, inattendu, oublié, une surprise, soudaine, rapide, ne pas penser...
Ce qui peut fonctionner. Ce qui doit fonctionner, sinon, cette pratique ancestrale n'aurait jamais franchi les ages.
Mais, il existe une autre méthode, aussi sombre que transparente, apaisante que terrifiante, la méthode Norilsk. Elle consiste à faire correspondre son environnement à son état intérieur. Ainsi, plus de dichotomie entre ce que l'on est, ce que l'on voudrait être, ce que l'on vit, ce que l'on voudrait vivre, ce que l'on pense mériter et le lent décompte des heures qui lacèrent nos cœurs d'un froid brûlant.
Ici, la mort est bien vivante, partout présente, l'espoir, tellement fuyant, que l'on peut habiter le gouffre que son absence creuse dans nos âmes. Les yeux fermés, le soleil opaque, des mines glacées à ciel ouvert, notre foyer.
On dirait le pire, l'air souillé, la retraite à 45 ans, les rivières rouges. Et cette paix, d'être enfin au cœur de l'enfer, notre place, où plus bas n'existe pas, à tousser, cracher. Mais réussir à respirer, revenir d'un bain glacé, pollué, mais régénéré, survivant donc vivant.
Car, sans cette minuscule parcelle de répit, rien ne serait possible. On ne sait pas trop dans quel état on se réveillera, dans un an, un mois. Mais demain matin, d'après l'affichage, on sera, en sursis, encore debout. Chaque seconde a un autre goût, quand se pose la question de savoir si elle fait partie des dernières. Ce n'est pas la vie des camps, nous ne sommes pas complètement victimes. Nous sommes nos propres bourreaux, des deux cotés du manche, dans une même et lente destruction.
Nous sommes comme tout le monde, à râler, à se plaindre, du temps, des autorités, des voisins, à ceci près que pour nous, c'est encore plus vrai que pour le reste du monde. Tellement plus vrai que pour le reste du monde. Notre quotidien contemple la fin des temps, à nos pieds coulent les dernières notes de l'aventure humaine. La belle, la tendre horreur, la vraie odeur qu'aucun filtre ne retient, elle est sous nos yeux.
Il ne restera rien, il ne devrait rien rester.
Et pourtant, au cœur de toute cette obscurité, absurde et glacée, un reste de tendresse, parasite dans les veines, anime chaque habitant pour cette ville, Norilsk.

dimanche 10 décembre 2017

La petite criminelle

Réalisé avec l'aide de Myriam Lavialle au saxophone (Merci Myriam !)


La petite criminelle a eu huit ans cette semaine
Seule sur un banc
Elle purge sa peine
Et dans sa tête tout s'enchaîne

C'est la longue éternité, elle la passera à méditer
La tête serrée entre les mains
Et tout le corps qui se balance
Elle en appelle à la transe

Elle remue elle gigote
Une danse binaire sur le banc de pierre
Elle n’est que mécanique d’orfèvre
Au cœur gelé, jeté loin de la Terre

Elle demande souvent au maître
D'où elle vient, la peur, la nuit
Il n'en sait guère plus le maître
Alors en riant il dit
Ne regarde jamais sous ton lit

C'était un bon directeur
Il savait les faire taire
Un duvet au menton et le regard sévère
Il ne supportait que le vent dans la cour déserte

Expulsée dans le vide, poussée d’un index rigide
Sous les rires des autres
Cernée de piquets de doigts
Elle ne faisait pas le poids

Les rares visites de sa complice
Égayaient un peu son supplice
Elles se tombaient dans les bras l’une de l’autre
Pour qu'enfin s'évanouissent ces secondes si tristes

Dans sa cabine immobile Elle flotte dans l’espace
À travers ses hublots recouverts de glace
Elle voit filer en rang
Deux par deux, des étoiles

jeudi 16 novembre 2017

Un Cosmonaute Anodin



La vie et toi, toi et la vie
En binôme accompli vous m'avez peu compris
Et les malentendus et toutes mes bourdes
Se tricotent et s’emmêlent et me laissent un peu gourd

Je vois bien ce qui en sort
C’est un lourd pullover de grand-mère
Sûrement pratique et renforcé aux coudes
Car, les risques, en s’écrasant sur une moleskine
À l’accueil encore inflammable
M'invitent à la mollesse d'un cosmonaute anodin.

L'air que j'aspire est âcre et gluant
C'est un miel abîmé qui me râpe la gorge
Mais de ma toux nulle étoile ne file
C’est le Verdon des hivers désenchantés
Et, je hurle au rare soleil incertain
Juste avant de tituber dans le matin

Elle se défait, en déroute, elle se doute
Que, depuis des jours je la soupçonne
D’être à mes dépends à moitié sourde
Alors j’ai dit en voyant ce ciel inconscient,
Se pavaner, halluciné par dessus les toits :
- George, ce soir, je serais tout autre.

Mes valises seront à peine plus lâches
Que ce point compliqué que j’ai toujours raté.
Et de ces coussins scalpés, gorgés de fantômes apaches,
Privés de l’empreinte de tes seins,
Autant dire qu’il ne me reste plus rien.

J’étais bien seul à en être malade
J’ai gardé pour moi ces planètes livides
Nié les chocs, les hématomes
Je marche les pieds en l’air dorénavant
C’est bizarre, étouffant
Et le goût reste polaire, désarticulé
Des plus violentes pharmacies

Révulsé par la tête de nos biologies
Menotté aux éternités
En bacille insoumis
Je garderai à jamais le flux sanguin.

mardi 3 octobre 2017

Dégringole

Qu'est-ce qui se lit, qu'est-ce qui se dit ?
Parfois, des mots dégringolent de ma bouche
Est-ce que ça, ça se dit :
Dégringole
Pour pouvoir lire ce que j'ai écrit, souvent, j'apostrophe
Je bafouille, je postillonne, je mange mes  mots…

Alors quoi, c'est la viande qui le donne, le change ?
La viande qui chante ou la viande qui tonne
Parce qu'on s'effondre, toutes et tous,
Vite fait, bien fait, quand c'est l'âme qui s'explose

Si tu veux qu'au soir, ta chair se tienne
Et que, ta chienne de peur se couche
Applique à la lettre ces vers :
Et fais péter les caresses !

Mais c'est raté t'es affamé
Tu n'as plus, dans ta mire, que la paix
Et quand tout se fait pour elle
Toutes les guerres, les querelles
Moi, depuis les quelques mètres carrés ou je me suis enfermé
Le seul territoire dont j'ai la clé
Je passe mon temps à m'appliquer, avec la constance d'un acharné, que m'envierait tout bachelier
Sans mâcher mes mots, ni bidouiller, ni tapoter mon clavier, ni jongler avec mes stylos,
A ne rien faire, Rien
Bon, j'avoue c'est une posture, camoufler les faits que je ne fais que passer
Éviter les questions mal branlées :
Peux-t-on aller au Nord du Pôle Nord ?
Aurions-nous encore du temps, si on remontait juste avant l'aube des temps ?
Y'a t-il une vérité dans le silence ?
Peux-t-on la tuer ?
Et voilà, c'est toujours pareil : quand je voudrais ne rien faire, pour toujours me taire…
Y'a toujours un truc à dire qui me vient, qui remonte, en direct du silence.
Alors, si vous voulez que je la ferme, y'a qu'un truc à faire : plus de bruit !

samedi 23 septembre 2017

Carole K.


Projets collectifs audiofanzine


Salut, bon, on va faire les choses dans l'ordre, commencer par le commencement, c'est le passage obligé, désolé, c'est l'heure des présentations. Alors, moi, c'est petit Tony. Enfin, c'est comme ça que tout le monde m'appelle.
Mais, en vrai,  je suis pas si petit que ça. Et puis, va chier, j'en ai pas besoin de ta compassion. Car, même si tu trouves que le début de mon histoire est banale à pleurer, attends un peu de voir la suite.
En fait, là, intérieurement (mais tu peux pas l'entendre, heu, tu m'entends ?) là, quoi, je me marre. Parce que, malgré les plombes que je me cogne sur ce quai, à me demander où est Carole, je sais qu'elle finira par arriver. Depuis que je la connais, elle finit toujours par arriver. Ce genre de femmes, on les attend jamais trop longtemps. Elle le sait, et je sais qu'elle sait que je le sais. Sonc y'a donc de fortes chances pour qu'elle continue de prendre son temps, comme il vient, ou pire, la garce, je l'aime mais elle abuse, à faire tout le temps comme si le temps lui appartenait, rien qu'à elle.
Mais qu'est-ce qu'elle fout ?
Pour le moment, je me concentre sur l'instant où mes phares découvriront enfin sa silhouette. 10 contre un qu'ils s'évanouiront instantanément, tous les doutes, les frustrations et agacements due son retard si prévisible.
Alors bon, si elle flippe un peu, en me voyant lourdement armé, je prends !
Et si elle a un léger relent, en découvrant le type, là, que j'ai stocké dans la malle arrière et qui fait sa dernière sieste, comme un con en chien de fusil, j'avoue que ça serait la cerise sur le gâteau.
C'est que j'ai beau savoir qu'elle s'en tape, de tout ce qu'on pense, de cette nuit, qui passera pas l'éternité à nous protéger, de tout, en fait, elle s'en fout de tout pour n'en faire qu'à sa tête, et bien,  c'est pas une raison suffisante pour m'empêcher de jouer au héro.
Putain, personne ne le sait encore, mais c'est ce que je suis, un héro, né pour gagner, premier à l'arrivé, la belle brune pendue à mon coup, les lauriers d'audiofanzine pour ce voice over de débile mental, je sais pas, un truc, un trophée… Je peux pas finir comme ça. Le film est noir, ok, mais le jour, il finira bien par se lever ?
Sérieusement, il s'en faudrait pas de beaucoup…
Elle ramène son beau petit cul, on balance la voiture, avec flingues et passager, dans l'eau glauque du port, je gagne la saison 16 des compos inspirées et c'est salut la compagnie, hasta la vista, je disparais sans demander mon reste.
Et surtout, j'arrête de me plaindre. Plus jamais de "Bonsoir m'sieur dames", je remballe tout l'attirail et vous me verrez plus traîner dans le coin.
Plus jamais, j'te dis !
Allez Carole, c'est quand même pas sorcier...
Tu passes chez Mario, tu prends la sacoche pleine d'oseille et tu ramènes ta fraise.
Je vois ce que tu te dis, toi qui m'écoute, qu'elle viendra pas, qu'elle est trop belle pour moi, que c'est déjà écrit dans les codes de la série noire, que le mec est seul sur la photo et qu'il va le rester, que de toutes façon, trop bon trop con, j'avais perdu d'avance ?
Tu crois vraiment que je vais leur permettre, aux choses, d'être aussi simples ? J'ai comme l'impression que t'as oublié les rebondissements, les fausses pistes, chausse-trappes inhérentes au genre. Tu sais, toutes les astuces scénaristiques pour bien te mener en bateau. Pour que t'oublies jamais que dans la réalité, tu seras jamais le boss.
Et moi non plus...
Bon, si t'es malin, t'auras compris le truc...
En tout cas, t'as pas dû oublier l'essentiel, un bon standard, ça tourne autour des 3 minutes.
Alors, regarde ton compteur et souhaite moi bonne chance.
Et, si tu veux vraiment savoir la suite, rendez-vous pour la saison 17 !

mardi 5 septembre 2017

Porte numéro un



J'ai claqué la porte un peu trop fort. Le geste était souple, me semblait maîtrisé. Mais c'est peut-être du côté de l'amplitude, de l'intention, qu'un certain décalage s'est produit, entre ma volonté de marquer le coup et la violence du bruit résultant. On peut toujours se trouver des excuses. Je pourrais parler de la sensibilité exagéré de certain face aux sons du quotidien, pas toujours bien égalisés ; le quotidien est comme ça, qu'y puis-je, pourrais-je rajouter sans sourciller. Ou mettre en cause toute la chaîne des métiers du bâtiment car, en  y regardant de plus près, toutes ces économies de matériaux, ces chambranles en pins des Landes, ces cloisons en plâtre, ça supporte mal l'assaisonnement hormonal susceptible d'être distillé par tout bonhomme normalement constitué.
Mais les faits sont là, cette porte fut, par mes soins, copieusement claquée. Et un bébé se mit à pleurer, un chien, au loin, à aboyer. Et cette sirène de police, aux frontières de nos horizons sonores, qui me fit douter un instant du bien fondé du hasard, du moins, sous cette forme de pompon magique du béret de marin.
Je me ramifie, c'est peu de le dire… Et toi, tu fais quoi ? Encore en train de sauver le monde ? Tu fais bien.
Moi ? Je regarde monter l'envie. Elle est morne et triste, arrive à coup sûr du fin fond des abysses. Elle se prétend mathématique mais, fait taire les nombres imaginaires. Elle théorise sur tout, sans rêve ni utopie. En fait, comme dirait Denis, le petit dernier de la voisine affamée, elle est à chier.
Alors, avec ce qui me reste d'une folle lucidité en phase terminale, complètement étiolée, je te livre ici mes doutes.
Fallait-il ou ne fallait-il pas la claquer, cette porte ?
Faire tressaillir le papillon universel.

Certain s'oublient sur des paillassons.
D'autres oublient la force de ton sourire.
Le reste oublie qu'ils ont un jour souri.
Moi, je n'oublie rien.