mardi 11 juillet 2017

Au gré du Vent


(si vous trouvez ce texte inspiré de "Appelez-moi par mes vrais noms
de Thich Nhat Hanh, c'est vrai, sinon, cliquez sur le 1er lien)

S'il vous plaît, soyez
Tout simplement,
Justes
En me nommant

Si vous me dites bon et bienveillant
Vous me jugez et m'amputez

Sentez ma Vie souffler
Sans aucunes frontières
Et déborder, continuellement
Des pores de mon histoire
En circonstances et facettes
Aux couleurs et lumières infinies

Si vos yeux me découpent
Dans l'obscurité de l'instant
Je ne serais que l'ombre d'un temps
Une cicatrice horizontale
Cristallisant toute beauté
Dans sa fragile prison ambrée

S'il vous plait, aidez-moi
Que je puisse répondre à tous
Que je puisse être
Plein et entier

Car, j'ai tous les noms
Ici victime et là bourreau
Au gré du Vent
Dont nul ne sait
Ni d'où il vient
Ni où il va

samedi 1 juillet 2017

Encre Tempête

au Festival Chahut


Encre tempête
Lève les gens
Je verrai bien
Ce qui m'attend

Place Saint Michel, saint mélangé
Et tes révoltes élémentaires
Quand sous le vent rêvent les vers
Pour les deux chanteuses en colère

Vois mes écrits, fais qu'ils s'envolent
Ou qu'ils rasent motte sur le sol
Je m'en fous car je vous y ai vue
En pleine naissance reportée
Belle marathonienne épuisée
Âme solitaire déracinée

C'est que, avide de m'exhiber
J'avais achevé ma pitié
Et ton temps, volé
Et ta joie, ta paix, cassés
Sous les pavés, cachés
Oui, je n'ai rien fait pour t'aider

Et, pire, je l'ai levée, cette armée
Aux puissants rayons tannants
De nos étés nucléaires
Et fais fondre ces folles rafales
Raffolant de tes protections
Pour jusqu'au soir, te harceler

J'étais NOUS, le public
Étais-tu nue, de face
Simplement lasse
D'une autre moitié, d'un profil ?

Moi, je voulais qu'on m'affiche
Mes tripes bouillaient de sang et de bile
Premier né gémissant
"Choisissez-moi, écoutez-moi"
J'avais deux sous de sourire seul et triste
J'étais poche !

Mais vos voix savaient le secret :
Ces mots étrangers, c'étaient les miens
Et, ce qui disait le mieux ma vie
C'étaient ces autres,
Plus moi que moi,
Parfaits et inconnus
Mes milles moi

Alors, enfin, je pus rentrer
J'avais parlé
Sans mot dire


mardi 27 juin 2017

C'est rigolo...

  
photo : Jason Duchow


    Risquer sa peau

    Sous le chapiteau

    Pour un peu d'émotion

    Quelques secondes d'attention

    C'est rigolo

    

    Dans le creux de l'oreille

    Des mots alanguis

    Le baume du chasseur

    Et sa lumière poisseuse

    C'est rigolo

    

    Cet élu persuadé

    De pouvoir redresser

    Par lois et décrets

    Nos courbes moribondes

    C'est rigolo

    

    Les piscines d'hémoglobine

    De sueurs et de chairs déchirées

    Intraveineuses d'adrénaline

    De sons et de lumières

    C'est rigolo

    

    Dévaler sa vie comme à ski

    Les yeux mi-clos par le vent

    Pour un trophée aspiré

    Par le gouffre à l'arrivée

    C'est rigolo

    

    Mais ton sourire devant l'absurde

    Ton esprit face au désespoir

    La gaieté que tu préfères partager

    Quand le crépuscule vient nous dévorer

    C'est beau



dimanche 21 mai 2017

Les gens sont des petits animaux sauvages

Lapins from Rongeur

Les gens sont des petits animaux sauvages.
Craintifs, ils préfèrent fermer leurs portes à double tour.
Il faut que les clés cliquent et claquent afin qu'enfin baisse leur stress.
Et, si il s'agit de sortir, quelle histoire... Ils se couvrent, se maquillent, se changent, comme si leurs vies en dépendaient.
D'une manière où d'une autre, leurs protections sont autant vaines et illusoires qu'ils les pensent vitales.
Alors, pris d'une de ces intuitions fugaces dont ils sont très friands, ils s'attachent à disparaître, sous de drôles d'excuses, des tonnes d'idées farfelues, des encyclopédies de mots incongrus.
Et, l'on peut entendre leurs babillages incessant, bien avant l'aube, à travers leurs murs à moitié solides, à moitié étanches.
Car, si ils s'agitent aussi vite que le permet leur maigre constitution, ils font tout à moitié.
Du bruit ou de la musique, ils s'entendent à les confondre, du fond de leurs oreilles distraites.
Ils voudraient n'écouter que leur cœur mais, au final, c'est une horloge qui les fascine.
Sa rondeur apaisante capte toute leur attention.
Pendant que son mouvement, cyclique et répétitif, tente de les assoupir, pour les conduire sans encombre, vers d'obscurs et terminales demeures.
Alors, les petites bêtes, loin d'être aussi folles que prétendent le démonter certaines études superficielles, se dressent, d'un bon, devant la sordide échéance.
Et courent dans tous les sens.
Ce qui, certainement, serait très distrayant si je n'avais, par faiblesse ou contagion, besoin de voir, de rencontrer, de jouir de la présence, quand de l'une ou parfois de l'autre.
Et, à cette fin, il s'agit d'élaborer toute une kyrielle de procédés, de ruses, de manigances, si l'on veut caresser la chance d'un jour oser les approcher.
Car, patienter calmement, posté sans bouger, persuadé qu'ils finiront bien par passer, ça peut durer une vie, tant leurs trajectoires se révèlent erratiques.
Aux messages et missives, affairés, ils ne répondent jamais, sinon trop tard, ou trop peu à propos.
Il faut surtout montrer patte blanche, se faire beau, calculer au millimètre, les poils, les phrases à couper.
Les chausse-trappes et tous ces codes, qu'au fil des siècles ils ont posés, pour de la terreur se protéger, j'y saute dedans, des deux pieds, inconscient des alertes que je fais résonner.
Une fois, j'avais bien ri, quand une toux, un peu plus forte que les autres, les fit s'éparpiller en piaillant affolés. Une autre fois, n'en parlons plus, ce fut un pet.
Je suis et, je reste, très mauvais chasseur, alors, pour mes dimanches, de compagnie, nenni.

dimanche 14 mai 2017

L'effet des fées des futaies

Je m'en rends rarement compte ;
Soit distrait, soit parti à hurler,
Mais ce dimanche, j'en fut frappé :
Ces platanes sont immenses.

Ils trônent,
Ordonnés par les siècles,
Parés au printemps
Mais aux i-grec toujours apparents et,
Courent tranquillement
Vers ces étages qui m'étouffent,
Que je date aux cinquièmes,
Environ, le début de la fin.

Et qui leur en voudrait
Que, non content d'essayer,
Il montent ?
Qui serait gêné
Par leur croissance inaudible ?

C'est moi, du balcon,
Qui ne comprend pas,
Qui veut bruler
Et se plaint d'être caché,
Entre nuages et futaies.

Je l'oublierais demain, c'est certain,
Mais là, j'ai senti
Ce qui soudain me touche.
Car, cette après-midi, ils dévoilent
Par le silence habituel de leurs ombres,
Et l'espace et son sens
Et la masse infinie
De l'air qui nous entoure

Et je le salue, au passage
Ce si joli hasard
Qui me ramène régulièrement
À la distance atomique exacte
Celle où je peux sentir frémir
La circonférence externe de leurs âmes
Lorsque l'on se tient pile
Au bout de leurs ombres


mardi 2 mai 2017

La peau nue de nos lèvres



Elsie assise ici et moi là
Quelque part à boire quelques cafés noirs

A mon tour de sourire
En rêvant qu'Elsie pose enfin ses valises

A-elle dit oui, elle
Rarement indécise
Pour qu'on l'écrive à deux
Cette absence brulante
De bruit, de paroles ?

Seraient-elle chouettes
Nos heures muettes ?

Pourrions-nous dérober
Ce qu'il faut de blancheur
A ces feuilles de papier
Offertes sur l'autel de graphite
Le maitre de nos confidences ?

Voilà, le taulier nous dealerait
De son carnet déchiré
Autant de pages qu'il nous faudrait
Pour se comprendre et espérer

Il sera serré, juré
Fortement aimé, ce stylo
Si chaud, si loin d'être sot
Échangé sous le manteau

Pour que plus rien n'habille
La belle chair à charmer
La peau nue de nos lèvres
La rubis palpitant
Notre choix
Le silence

jeudi 13 avril 2017

Sous son nombril

(texte accouché en écoutant l'album de Wolf Larsen - Quiet at the Kitchen Door)


Sous son nombril
Coule invisible
La puissance d'un murmure

Son cri percute les galaxies
Les nourrit aussi
En don profond, absolu

Attachée au pilier de la Terre
Misérable, souillé
Son sourire y nait
En chant extrême
En danse nue

Son asphyxie halete
Ceux qui s'usent à sa source
Tout en apaisant incognito
Des milliards d'âmes surprises

D'un souffle sur la nuque
Toutes et tous alors fauchés
En plein labeur comme à la pause
Par cette tendre piqure
Offerte aux contre-courants marins
Aux vents du Sud sourds aux frontières
Qu'elle distribue par son envie irradiée
Quand elle copine en agonie
Avec l'astre solaire
Son binôme croque-roche
Dur vorace de ses eaux

Chaude pierre alchimique
Plongée dans l'impudique épicentre
Nous donne à onduler
Sous ses vagues immenses
Sans plus jamais se soucier
Ni du crépuscules et de ses loups
Ni de l'aube automatique

Le calme absurde y est noyé
Quand sa densité au rose viré
Dessine d'une brulure spectrale
La vie intime
De nos chères masses électriques

Je respire par palier
Quand tu décides à chaque marée
De venir mourir à mes côtés