mardi 15 décembre 2015

-CLIC-

 

 pour l'atelier Mil et Une

Le mot de la semaine 41 était : tentation

       C'est pas toujours facile, le travail en entreprise, mais le pire, c'est dans la grande distribution. Je ne crois pas que ça tienne aux degré d'évolution des conditions de travail ; c'est pénible aujourd'hui, ça le fut hier et tout porte à croire que ce le sera demain.
Rien de neuf et aucun espoir d'amélioration.
Pourtant, c'est pas les innovations qui manquent. Chaque lundi, de nouvelles règles, de nouveaux process. De nouveaux collègues aussi, le week-ends permettant un peu trop de réflexions ou d'alcool, les deux dissolvants les effectifs comme de l'acide.
Alors, j'y ai vraiment cru, quand la direction a proposé, en fonction de l'ancienneté, d'offrir des réductions sur les implants neuronaux. Combien de fois nous avions gueulé, manifesté, pétitionné pour accéder au statut envié d'heureux bénéficiaires de la dernière prouesse médicale en vogue qu'est la lobotomie temporaire LT®.

Car, ils étaient rares, ceux d'entre nous qui avaient pu se la payer, au prix d'économies drastiques sur... tout le reste. Pourtant, je ne sais si c'est la jalousie ou leur manque de conversation après l'opération tant désirée, mais nous ne n'avions pratiquement plus de contact avec eux. Même lorsqu'ils se reconnectaient pour les pauses dédiées aux interactions sociales bi-quotidiennes, on s'en tenait aux regards froids et aux phrases qui ressemblaient plus à de l’interjection.
- Fait ci, fait ça
- Oui mais non, j'ai pas le temps
- Et d'abord, lâchez nous la grappe, les bistourisés

Entre nous, les biolos, c'était à qui se mentirait le mieux à soi même... et aux autres. On revalorisait au maximum nos postes, pour ne pas trop avoir à se confronter à l'injustice d'être privés d'une solution définitive, mythique, proche et pourtant inaccessible.
Du coup, pour noyer le poisson, nous arrivions toujours à nous mettre d'accord, après quelques arguments bien sentis et bien arrosés, qu'un hypermarché, c'était quand même super. Le mythe enfin matérialisé de la corne d'abondance pour tout un chacun. Avec ses milliards de demi-dieux rangés en rayons presque infinis ; des produits tous plus attrayants les uns que les autres. C'est ça, la béatitude que crée l'offre gargantuesque et ses fruits bénis ; un sentiment de sécurité totale dans le cocon de la profusion nourricière. Les rayons étaient si longs, si rempli, qu'il y en avait pour plus que pour tout le monde. Pour tout dire, on en balançait de la camelote, tellement on savait plus quoi en faire. Si c'est pas le luxe total, ça ?
Et nous, nous étions les gardien de ce petit miracle quotidien. On fluidifiait les échanges entre les usines et les foyers avec une habileté et une rigueur qui faisaient toute notre fierté.
Et plus on gavait les rayons, plus les client se gavaient et au final... Non, tout le monde ne se gavait pas.
Nous, notamment, devant nos tâches répétitives, notre hiérarchie inflexible et les client irascibles, nous n'avions même pas de salaire attractif, à la hauteur de ces interminables journées.
Entre les bistourisés un peu bizarres et les biolos en pleine déprime, y'avait pas, le choix s'est imposé de lui même.
Nous avions tant rêvé de passer du côté de ceux qui maîtrisent le zapping cellulaire. En plus, d'après des recherches récentes, l'accroissement sur la durée de vie après l'opération est tout à fait significatif. Plus d'ennui et la mort qui s'éloigne, les professionnels de la propagande se frottaient les mains tellement leur tache était simplifiée.
Alors, avec la prime, il n'y eu plus de frein à la tentation et nous avons tous franchis le pas.

Ah, je vois qu'il me reste encore un peu de fantaisie à utiliser aujourd'hui, ce qui fait que j'en profite pour vous envoyer une photo de l'équipe de semaine.
C'est marrant, je n'avais jamais fait attention mais y'a une certaine ressemblance entre nous, je trouve. C'est vrai qu'on fait plein de chose ensemble, comme le coiffeur, l'alimentation. C'est normal que ça se voit un peu sur notre physique, au final.
Bon, je vous laisse, ma pause en finie - CLIC -

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