13 avril 2017

Sous son nombril

(texte accouché en écoutant l'album de Wolf Larsen - Quiet at the Kitchen Door)


Sous son nombril
Coule invisible
La puissance d'un murmure

Son cri percute les galaxies
Les nourrit aussi
En don profond, absolu

Attachée au pilier de la Terre
Misérable, souillé
Son sourire y nait
En chant extrême
En danse nue

Son asphyxie halete
Ceux qui s'usent à sa source
Tout en apaisant incognito
Des milliards d'âmes surprises

D'un souffle sur la nuque
Toutes et tous alors fauchés
En plein labeur comme à la pause
Par cette tendre piqure
Offerte aux contre-courants marins
Aux vents du Sud sourds aux frontières
Qu'elle distribue par son envie irradiée
Quand elle copine en agonie
Avec l'astre solaire
Son binôme croque-roche
Dur vorace de ses eaux

Chaude pierre alchimique
Plongée dans l'impudique épicentre
Nous donne à onduler
Sous ses vagues immenses
Sans plus jamais se soucier
Ni du crépuscules et de ses loups
Ni de l'aube automatique

Le calme absurde y est noyé
Quand sa densité au rose viré
Dessine d'une brulure spectrale
La vie intime
De nos chères masses électriques

Je respire par palier
Quand tu décides à chaque marée
De venir mourir à mes côtés

20 mars 2017

Photophore + Clip



Alors que le temps qui m'était imparti
Filait sans broncher par les creux de mon lit
Enroué, je rêvais, je guettais l'accalmie
En fait je roulais à moitié endormi

Un moment j'ai cru qu'on ne me verrait
Qu'on me découpant la cornée

Alors j'ai vidé ma dernière batterie
Juste avant de fondre dans la nuit

À travers le pare-brise sale je fixais la magie
Déclenchais au hasard sur des friches jaunies
Des usines perdues aux muettes agonies
Des vagues de silence, des terrains sans vie

Je glandais assommé sous le vide mépris,
D'un sourire sans joie, je fouillais les débris
Apprivoisais des arts, des bouts de pain durci
Des poussières d'horloges, des bâtiments détruits

Pas de statues fracassées, celles qu'on trouvait jolies
Que des murs attaqués par le vent et l'ennui
Aux trousses de clés perdues, cachées sous le tapis
Je sirotais quelques drames, aux aguets je vous dis

Quand les chaines ont rouillé, que les cœurs ont bouilli
Je me suis réveillé et le coup est parti
J'ai laissé pour mémoire l'appareil rempli
Caché dans mes affaires, pour conjurer l'oubli



15 mars 2017

Une seconde allongée

Ni de ci, ni de ça
Ni d'ici, ni de là

La note saoule
La cornée d'oxygène

Est-ce une seconde allongée ?
L'assemblée de sœurs mélangées ?
Le retour du beau temps ?
Notre monde parallèle ?

Je vois plus que Toi

Une somme qui n'existe pas
Si elle se pose ici ou là

Mais qui passe tellement
Tout près de moi

Ravie que mon sang de sève
Ondule à l'unisson
Des buissons immortels

02 février 2017

La forêt


La forêt s'arrête presque au pied du château. Sur les murs de pierre, sur la tour carré, l'ombre des cimes s'y pose alors que la fin du jour approche. Ce n'est rien. La nuit qui vient ne dure, la nuit ne perce, ici, rien ne s’éteint. De l'autre côté, quelques dizaines de mètres plus loin, quelques dizaines d'éternité. La nature. L'obscurité que rien ne raisonne, s'est affaissée contre la porte. Le poids d'une simple présence, une poussée qui traverse les chairs sans les affecter et écrase pourtant de l'intérieur.
Il a fallu s'établir plus solidement. Il a fallu peupler, éclairer. Mettre de l'espace. Remplir l'espace. Ne pas voir plus loin que l'horizon. Mais savoir.
La langue que comprendrait cette nuit sans lune, elle doit sûrement se crier. Et la gorge n'est qu'une écorce. Et cette mousse plein les poumons. La peur remplit les veines de sève quand on n'a plus assez de terre sous les ongles. Même l'arbre le plus sensé, la nuit, se tait.
Maintenant, qu'il soit minuit, ou vingt et une heures, ou quatre, qu'importe. Il n'y a plus de chemin, plus d'étoiles à suivre. Que des troncs butés, des bruits insensés. Le temps de renoncer.
La forêt était immense. Sa frontière masquait, sa frontière occupait les esprits.
Mais ce n'était rien comparé aux racines qu'elle irradiait pour nous broyer le cœur.

12 janvier 2017

Polystyrène frotté des bottes dans la neige













Polystyrène frotté des bottes dans la neige

Je ne sais pas où aller

La vue des pertes, au loin, m'avale

Silence de champs infinis

Peu de fumées aux nuages mélangés

Pas de tendances aux dégelées

L'hiver sans limites figées

Ordonne aux glaces immobiles

D'écraser toutes danses

De fourrer sous mes pieds floués,

L'absence

30 décembre 2016

Pierrot, tu penses trop !


Tu penses trop, mon Pierrot.
De jour comme de nuit, tu penses trop.
Le jour, tu oublies l'essentiel :
  • Les belles assiettes,
    À mettre sous les viandes, les légumes, les desserts
  • La taille du plaisir, et celui qu'on partage entre amis 
  • Les parures des nos lits et celles pour en sortir 
  • Celle-là, seule raison, pour un jour s'en sortir
  • Les heures échangées, contre un peu de monnaie
  • Tout ces gens à convaincre,
    Qu'ils seraient bien inspirés de te l'accorder, ce petit plus d'attention délicate.
  • Et les guerres, les famines.
  • Et les proches, les lointains
En gros, tu oublies,
Combien ta vie serait parfaite
S'il ne te manquait, ce fabuleux empire,
Que chacun t'encourage à bâtir
Aux frontières invisibles
De nos terres occupées

Mais comment sauraient-ils, que, pour toi, rien n'est tout à fait invisible ?

L'invisible, il attend, caché, derrière les choses, nommées, répertoriées.
Il attend :
  • Soit qu'on le nomme lui aussi,
    Si l'on se sent un peu perdu, 
  • Soit qu'on ne le nomme pas,
    Quand nous suffit de savoir qu'il est là.

En attendant de le trouver
Le nom parfait et unique
De toutes les choses à découvrir
Celui qui apaise, celui qui rassemble
Celui qui nous tire
De ces maudits songes anxieux ;
Tu choisis le voyage
Au Royaume Infini
Des Choses Inconnues.

Et, bientôt, vient la nuit
Mais c'est une autre histoire...


20 octobre 2016

Ceci n'est qu'une île


Chaque matin, au réveil redondant,
Sur une plage, aveuglé, je m'échoue

Chaque jour, le voyage tourne court
Et je rampe, au lever, embrumé, sur le sable

Quelques restes salés de la nuit sur le corps
Quelques rêves de varech aux sirènes mélangés

Tant de fantômes insensés piégés entre deux eaux
Tant d’innommables peuplent ces fonds abyssaux

Devant moi, si j’arrive à m'y traîner, par delà ce désert
La promesse d’un refuge, d’une jungle vivace

Que sous les futées s’apaise enfin ce soleil implacable
Qui ne sait que brûler, se plait à m'écraser

Et tous les jours je revis cette fable
Le même échouage, le même refuge
L’eau, le sel, le feu et l’ombre
Dans cet ordre, imperturbable

Car mes journées sont des îles 
Au milieu de nulle part, encerclées
De tous côtés, des ténèbres font la ronde
Gardes-côtes aimables
Elles attirent, Elles repoussent
En tous sens, nous occupent

Alors, on se dit qu’il nous reste le ciel
Alors, on construit, pour l’espace, un vaisseau

Mais que l'infini est amer 
Et ce vide à l'entour...

Comme si la vie au grand jour, 
Comme si la veille sur la Terre,
Tout ceci n'était qu'une île
Où n’erreraient hagards 
Que de las naufragés