- Ah non ! Y’a pas de Barthelemy et Lolita, jamais, tu peux pas envoyer ça à tes copines.
- D’abord c’est pas “et” c’est “&”, l’esperluette, ça fait plus classe, non ?
- C’est surtout un barbarisme que tu devrais employer avec parcimonie.
- Hé ! Tu sais bien que je suis une barbare, une rebelle et...
- Assassin de la morale et du français oui !
- Allez, pas d’inquiétude, je veux juste leur faire une petite surprise pour les voir crever de jalousie. On fait une soirée ici et après tu pourras retrouver ta solitude chérie.
- Lolita, si tu crois que je vais ouvrir ma porte à toutes les gamines du quartier.
- T’as aucune diplomatie, je suis plus une gamine.
- Ok, prouve-le. J’aimerais bien que tu me montres enfin tes papiers d’identité, pour rire.
- Je les ai perdus aux dernières vacances.
- Ah l’excuse... Je te vois, toi gamine, saoulée d'altitude du haut de tes escarpins, mais toi gamine de peplum. Fais gaffe, toi gamine tu pourrais vite glisser du haut de tes pyramides.
- Tu veux voir ? Les seules fringues de “gamine” que je porte, (d’ailleurs arrête de répéter ce qualificatif en boucle, on dirait une anaphore présidentielle !) ce sont mes culottes, que tu as pourtant l’air de trouver inspirantes. Chaque fois que j’en laisse traîner une, et hop, un tour de magie les fait disparaître.
- Arrête tes bêtises, je passe pas mon temps à les mater, les exposer, en faire quoi, des croquis ? Elles sont dans le placard... Que je n’ai pas pour vocation, entre parenthèse, de choisir comme destination... Ce qui sera ta seule victoire si tu continues à tout faire pour me mettre l’église et la maréchaussée sur le dos. On dirait que ça te suffit plus de glander avec moi sur le balcon quand les journées ensoleillées de printemps reprennent enfin leurs droits.
- J’ai grandi tu sais, quelle sortes d’impuretés te brouillent donc la vue ?
- Regarde aussi, toi, comme j’ai vieilli.
- Mais on a encore du temps quand même ?
- Plus trop, Lolita, plus trop...
- Alors on accélère ?
- Rentrons, le froid me tombe sur les épaules.
- Oublie-le, c’est juste le soleil qui se couche.
- Je sais bien, mais il a le même putain de goût amer que la faux qui me guette.
- Grossier bonhomme !
- Pétasse !
- Vieux con !
- Pisseuse !
- Je t’aime...






